Article publié le 19/03/2026

Importants lieux de refuge, d’alimentation et de nurserie pour de nombreuses espèces marines, les récifs coralliens sont parmi les écosystèmes les plus riches en biodiversité. Leur rôle de barrière naturelle est également essentiel pour protéger le littoral contre l’érosion et la houle. Face à l’augmentation de la température des eaux de surface et à l’acidification des océans, ces écosystèmes sont de plus en plus fragilisés, et sont sujets à d’importants épisodes de blanchissement, conduisant à la mort des coraux. 

Les activités anthropiques comme la surpêche, l'urbanisation côtière, les rejets d’eaux usées et de produits chimiques sont une menace pour ces "points chauds de la biodiversité". Les macrodéchets retrouvés en mer représentent également un danger, car ils se déposent sur les colonies coralliennes et limitent l’accès à la lumière, favorisant le transport de pathogènes et le développement de maladies.

Le programme YAF KERU : pour des coraux résilients

Face aux enjeux de conservation de ces écosystèmes, Yaf Keru est un programme ambitieux de développement local en Indonésie autour de la protection et de la restauration de 5 hectares de récifs coralliens. Ce projet est situé à Raja Ampat, un archipel situé dans la province de Papouasie Occidentale. L’objectif est d’agir au niveau du Triangle du corail, considéré comme l’épicentre de la biodiversité marine de la planète. Pour mener à bien ce programme, la Fondation de la Mer soutient Planète Mer et The Sea People, l’association locale fondatrice du programme. 

Photo 1 - Équipe Yaf Keru

Le projet a des enjeux à la fois écologiques et socio-économiques. Cette zone maritime est non seulement une source de nourriture riche et durable, mais aussi une source économique majeure de développement pour les communautés de l'archipel qui dépendent du tourisme. A Raja Ampat, une vaste zone de récifs est dégradée à cause de la pêche non durable et de l’aménagement côtier, mais également en raison du “phénomène d’avalanche”, lorsque les débris de coraux accentuent la dégradation en étouffant les récifs sains situés en contrebas. Face à cela et aux impacts croissants du changement climatique, le projet Yaf Keru aborde ces pressions par des solutions ciblées. 

Afin de restaurer les récifs coralliens de Raja Ampat, des espèces de coraux résilientes sont sélectionnées pour être transplantées sur des sites présentant des conditions optimales (bonne qualité de l’eau, énergie des vagues appropriée, etc.). Une fois transplantés, les coraux bénéficient d’un suivi continu afin de mieux comprendre les dynamiques écologiques des activités de restauration, mais aussi pour détecter les signes de stress le plus en amont possible.

Bilan 2025 : des résultats prometteurs

En 2025, le projet de restauration s'est concentré sur l’élargissement d’un site entre deux villages, permettant de restaurer 17 632 coraux, soit l’équivalent de 2 710 m2 de récifs. L’ensemble des plongées permettant cette restauration a été mise en œuvre par l’équipe des jardiniers de corail, avec l’aide de 110 volontaires impliqués dans le projet en 2025.

Photo 3 - Récif corallien sain après restauration
Récif corallien sain après restauration

Malgré des conditions climatiques difficiles, l’équipe a réalisé une performance remarquable avec plus de 5 000 fragments de coraux transplantés en un mois, en parallèle des activités de suivi, de stabilisation et d’entretien technique. Les nouvelles colonies transplantées ont un taux de survie de 84%, et les sites sont extrêmement résilients et résistants malgré le pire évènement mondial de blanchissement de coraux recensé. L’équipe a également lutté contre la prolifération d’Acanthaster, des étoiles de mer pouvant consommer jusqu’à 1 m2 de corail par semaine. Au total, 300 individus ont été traités pour protéger les zones restaurées. 

Photo 4 - Opération de lutte contre la prolifération d'Acanthaster
Opération de lutte contre la prolifération d'Acanthaster

La communauté locale au coeur du projet

Au-delà de la restauration corallienne, le programme Yaf Keru a permis d’allier socio-économie, écologie, et adaptation au changement climatique tout au long du processus. Le programme est conçu par et pour les communautés locales, en s’appuyant sur les compétences et l’engagement des habitants des villages de Raja Ampat. Ces derniers sont formés sur les bonnes pratiques locales de gestion marine, de réduction de la pollution plastique et de protection des récifs. Certains participent pleinement aux actions de suivi (sorties plongées) et de sensibilisation locale (interventions scolaires). 

Photo 2 - Village à Raja Ampat

De plus, le projet a soutenu la mise en place d’un marquage SASI, un système traditionnel de gestion durable des ressources. Cette initiative renforce la visibilité des zones d’Aires Marines Protégées et facilite leur appropriation par les communautés locales.
Le documentaire
“Le Sanctuaire SASI de la Papouasie” retrace l’implication des papous dans la préservation d’un sanctuaire sous-marin dans la région, et a été sélectionné à l’UNOC 2025, puis primé aux Deauville Green Awards. Vous pouvez le visionner via le lien.  

Photo 7 - Affiche du documentaire

Suite au succès de ce projet de restauration, le projet Yaf Keru a été officiellement nominé par le Earth Shot Prize en 2026, l’une des distinctions les plus reconnues à l’international pour honorer les espoirs de préservation de l’environnement. 

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