Article publié le 05/03/2026

Espèces emblématiques des écosystèmes marins, les requins sont indispensables à la santé des océans. Pourtant, à l’échelle mondiale, leurs populations diminuent à un rythme alarmant, en particulier à cause de la surpêche et de la pêche ciblée. Aujourd’hui, leur préservation est un enjeu écologique majeur et urgent.

 

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© Masayuki Agawa / Ocean Image Bank

les requins, essentiels à l'équilibre des écosystèmes marins

Les requins constituent un groupe diversifié, avec plus de 500 espèces répertoriées présentes dans les écosystèmes marins, estuariens et d’eau douce. De nombreuses espèces sont adaptées aux eaux côtières peu profondes du plateau continental, tandis que d’autres sont de véritables vagabonds des eaux océaniques, loin des terres. Bien qu’il existe une diversité dans les régimes alimentaires et les tailles corporelles, les requins sont essentiels à la structure, au fonctionnement et à la résilience des écosystèmes1. Par leur place au sommet de la chaîne alimentaire, ils jouent un rôle écologique majeur en contribuant à la régulation des populations d’autres espèces marines. En effet, à l’instar des grands prédateurs terrestres, ils préservent la santé des populations de proies en éliminant les individus malades ou blessés. Ils contribuent également à enrichir le milieu en transportant des nutriments via leurs déplacements et leurs excréments, stimulant la production primaire et favorisant la prolifération d’une riche biodiversité2.

Des espèces sous pression

Malgré leur rôle majeur dans les écosystèmes marins, les requins sont en danger. D’après la Liste Rouge de l’UICN, plus d'un tiers de ces espèces sont actuellement menacées d'extinction3. Une baisse d’environ 70 % des requins en haute mer a été constatée entre 1970 et 20184. Les menaces pesant sur ces organismes sont à la fois liées au réchauffement climatique et aux pressions anthropiques.

L'impact du réchauffement climatique sur les requins

Le réchauffement climatique menace les requins par ses effets multiples sur leur physiologie, leurs habitats et leur alimentation

L’augmentation de la température des océans a un impact direct sur la reproduction des requins. La stabilité d’une population dépend de la capacité de reproduction de ses individus. La reproduction sexuée nécessite la coordination réussie de plusieurs étapes sensibles à la température, notamment la gamétogenèse (le processus aboutissant à la formation des cellules reproductrices), l'accouplement, la fécondation et le développement embryonnaire. Par conséquent, des températures en augmentation, même si elles n’entraînent pas de manière directe l’extinction de l’espèce, peuvent nuire au succès reproductif, avec des conséquences potentiellement néfastes sur la persistance des populations5.

De plus, l’augmentation des températures modifie la distribution géographique des proies, ces dernières migrant vers des zones moins chaudes, ce qui conduit à une raréfaction des ressources alimentaires pour les requins6. Cette difficulté se retrouve combinée à une autre conséquence du changement climatique qu’est l’acidification des océans. Elle est responsable d'une modification du comportement des requins, notamment par la réduction de leurs capacités à détecter leurs proies7.  

L’ensemble de ces facteurs les poussent à migrer vers de nouvelles zones8, où ils se retrouvent parfois confrontés aux activités humaines. 

La menace des pressions anthropiques sur les requins

Les pressions exercées par les activités humaines, notamment la surpêche et la pêche ciblée pour le commerce des ailerons, sont aussi responsables du déclin des populations de requins. S’ajoutent d’autres menaces, comme les prises accidentelles et les collisions avec les navires. Ces dernières pourraient augmenter en raison des déplacements de ces espèces vers d’autres zones pour s’adapter au changement climatique9.

Focus sur le trafic d’ailerons

Le commerce d’ailerons de requin, et le trafic subséquent, est un problème majeur dont l’Union Européenne est encore largement responsable. Les requins sont fortement capturés pour leurs ailerons très prisés dans les pays d’Asie comme ingrédients de soupe et mets de luxe. Si l’Union européenne a interdit en 2013 la pratique du shark finning - qui consiste à découper les ailerons sur des requins vivants et à les rejeter mutilés à la mer, leur commercialisation reste encore autorisée. Le trafic d’ailerons est d’ailleurs un commerce extrêmement lucratif, qui rapporte près de 170 millions d’euros par an à l’Union européenne10. L’UE, particulièrement l’Espagne et le Portugal, est l’un des principaux exportateurs d’ailerons vers l’Asie, fournissant près de 45% des produits retrouvés en 2022 sur les marchés de consommation à Hong Kong, Singapour et Taïwan, selon un rapport du Fonds international pour la protection des animaux11

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© Beawiharta / Reuters

Certaines espèces de requins sont pourtant protégées, notamment par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES). Cette convention est un accord international entre 185 États qui a pour but de veiller à ce que le commerce international des spécimens d'animaux et de plantes sauvages ne menace pas la survie des espèces auxquelles ils appartiennent. Elle opère un classement des espèces à protéger en fonction de leur risque d’extinction en plusieurs annexes. 

Le requin-baleine (Rhincodon typus) et le requin longimane (Carcharhinus longimanus), deux espèces en danger critique d’extinction, ont été reclassés au sein de l’Annexe I lors de la dernière COP de la CITES en novembre 2025, ce qui en encadre très strictement le commerce, qui n’est autorisé qu’à des conditions exceptionnelles. Cette réunion a aussi été l’occasion de classer 70 espèces de requins dans l’Annexe II. Cette liste rassemble les espèces qui ne sont pas nécessairement menacées d’extinction, mais dont le commerce doit être contrôlé afin d’éviter une exploitation incompatible avec leur survie12

En théorie, le commerce d’ailerons ne peut donc avoir lieu que s’il ne porte pas atteinte à la capacité de l’espèce pêchée de survivre.

Le problème majeur reste qu’une partie de ce trafic relève de la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (pêche INN). 81% des exportateurs d’ailerons de requins n’ont déclaré aucune exportation entre 2015 et 2021, ce qui est démenti par les étals des poissonniers asiatiques13. Or, cette pêche ne permet ni de tracer ni de mesurer l’ampleur des exportations d’ailerons. La lutte contre la pêche INN est donc essentielle pour la protection des requins, notamment ceux en danger d’extinction.

Pour en apprendre plus, consultez le rapport de la Fondation de la Mer - Vaincre la pêche illégale, une promesse pour nourrir le monde.

Comment agir pour préserver les requins ? L’exemple de la Mission William

Dans le cadre de son programme “Raies et Requins”, la Fondation de la Mer se mobilise pour contribuer à la préservation des requins dans le monde. Depuis 2023, elle soutient l’association Over The Swell. Elle allie science, sensibilisation, éducation et appui politique aux niveaux local et international pour préserver le milieu marin. En 2022, l’association a lancé le projet “Mission William”, sa seconde mission océanographique internationale dédiée à la sauvegarde du plus grand poisson du monde en danger d’extinction : le requin-baleine (Rhincodon typus)14.

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© Beth Taylor

Le projet s’inscrit dans l’objectif principal du Consortium William visant à créer le premier couloir maritime protégé en haute mer dans la zone Atlantique Sud-Est. La Mission William vise plus globalement à la protection de la mégafaune marine migratoire en voie de disparition entre le Golfe de Guinée et Sainte-Hélène, en inscrivant les grands requins (requin-baleine, requin marteau) comme espèces protégées dans les Aires Marines Protégées et au sein des lois sur la pêche nationale de Sao Tomé-et-Principe. La Mission William réunit une équipe de scientifiques internationaux recueillant des données d'observation en mer, et a pour volonté de “porter la voix des sans voix” auprès du grand public (médiation scientifique, interventions scolaires, etc.). Elle sensibilise également les pêcheurs semi-artisanaux et artisanaux, et travaille en étroite collaboration avec ces derniers afin de trouver des solutions communes et empêcher les captures accidentelles de requins. 

Ce projet ambitieux a un impact global sur la connaissance et le suivi des stratégies de conservation du requin-baleine et des autres espèces présentes dans la région étudiée. Grâce à ses efforts de mobilisation et de sensibilisation, les objectifs sont de mieux connaître les routes migratoires des requins-baleines et d’identifier des zones qui pourraient être prises en compte dans la création de corridors sanctuaires (zones avec un statut de protection du requin-baleine). Plus largement, le projet vise à limiter la pêche INN à Sao Tomé-et-Principe ainsi que d’empêcher le trafic d’ailerons dans le Golfe de Guinée (requin marteau et requin-baleine juvénile). 

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© Over The Swell / Explorers Club. Cette année, Hugues De Kerdrel, cofondateur et directeur d’Over The Swell, a été distingué par l’Explorers Club et figure parmi les 50 personnes qui changent le monde et que le monde devrait connaître. Cette reconnaissance est décernée chaque année à celles et ceux qui se distinguent par leur engagement remarquable en faveur de la science et de l’exploration.

Au regard de son rôle dans l’équilibre de l’écosystème marin, la protection des requins est nécessaire. Pour soutenir la Fondation de la Mer et la Mission William, faites un don

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Sources :

  1. (1) Dedman, S., Moxley, J. H., Papastamatiou, Y. P., Braccini, M., Caselle, J. E., Chapman, D. D., et al. (2024). Ecological roles and importance of sharks in the Anthropocene Ocean. Science, 385(6708), adl2362. https://www.science.org/doi/10.1126/science.adl2362
  2. (2) Williams, J. J., Papastamatiou, Y. P., Caselle, J. E., Bradley, D., & Jacoby, D. M. (2018). Mobile marine predators: an understudied source of nutrients to coral reefs in an unfished atoll. Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences, 285(1875). https://royalsocietypublishing.org/rspb/article/285/1875/20172456/78881/Mobile-marine-predators-an-understudied-source-of
  3. (3) UICN, ​​Un tiers des requins de haute mer sont menacés d’extinction, Communiqué de presse, 25 juin 2009. https://iucn.org/fr/content/un-tiers-des-requins-de-haute-mer-sont-menaces-dextinction
  4. (4) Pacoureau, N., Rigby, C.L., Kyne, P.M. et al. Half a century of global decline in oceanic sharks and rays. Nature 589, 567–571 (2021). https://doi.org/10.1038/s41586-020-03173-9 
  5. (5) Noémie Coulon, Eric Feunteun, Alexandre Carpentier, Anne Lizé. The Overlooked Threat of Global Warming on Elasmobranch Fertility. Fish and Fisheries, In press, https://doi.org/10.1111/faf.70031Digital Object Identifier (DOI) 
  6. (6) Coulon, N., Feunteun, E., Carpentier, A. and Lizé, A., The Overlooked Threat of Global Warming on Elasmobranch Fertility. Fish Fish, 27: 41-55. (2026) https://doi.org/10.1111/faf.70031
  7. (7) Rui Rosa, Jodie L. Rummer, Philip L. Munday; Biological responses of sharks to ocean acidification. Biol Lett 1 March 2017; 13 (3): 20160796. https://doi.org/10.1098/rsbl.2016.0796
  8. (8) Coulon, N., Comment le changement climatique amène requins et raies à migrer vers le nord. The Conversation, Mars 2024. https://doi.org/10.64628/AAK.urtud7e 
  9. (9) Womersley, F.C., Sousa, L.L., Humphries, N.E. et al. Climate-driven global redistribution of an ocean giant predicts increased threat from shipping. Nat. Clim. Chang. 14, 1282–1291 (2024). https://doi.org/10.1038/s41558-024-02129-5 
  10. (10) Communication de la Commission relative à l'initiative citoyenne européenne (ICE) intitulée «Stop Finning - Stop the Trade» (Stop à la pêche aux ailerons – Stop au commerce) (2023/C 275/01) https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:52023XC0804(01) 
  11. (11) Slee, B., Collis, M. (2023) Shark safeguards: Elevating EU controls on shark trade. Stichting IFAW (International Fund for Animal Welfare), The Hague, The Netherlands. 52pp. https://www.ifaw.org/resources/eu-safeguards-shark-trade?utm_medium=QR_code&utm_source=report
  12. (12) Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction. Annexes I, II et III valables à compter du 7 février 2025. https://cites.org/fra/app/appendices.php
  13. (13) Diego Cardeñosa et al., International trade regulations take a limited bite out of the shark fin trade. Sci. Adv.11, (2025).DOI:https://doi.org/10.1126/sciadv.adz2821.
  14. (14) Rowat, D., & Brooks, K. S. (2012). A review of the biology, fisheries and conservation of the whale shark Rhincodon typus. Journal of fish biology, 80(5), 1019–1056. https://doi.org/10.1111/j.1095-8649.2012.03252.x