Accueil> Toutes nos actualités>El Niño, tout comprendre sur ce phénomène qui change le climat mondial El Niño, tout comprendre sur ce phénomène qui change le climat mondial Retour vers « les actualités » Article publié le 07/10/2026 Super El Niño, méga El Niño, ou encore « Godzilla El Niño » : vous avez sans doute entendu parler de ce phénomène qui déstabilise le climat mondial. Mais qu'est-ce exactement El Niño ? Quel est son impact sur les écosystèmes marins et sur nos vies ? S'agit-il d'un phénomène véritablement naturel ? Et surtout, quelles solutions existent pour en atténuer les effets ? El Niño, une anomalie climatique Pour comprendre l'impact d'El Niño, il faut d'abord comprendre le phénomène lui-même. Tout se joue dans l'Océan Pacifique, entre l'Australie et l'Amérique du Sud, où les eaux connaissent deux états distincts. État normal. Dans des conditions dites « neutres », les alizés, vents qui soufflent au-dessus du Pacifique, se déplacent d'est en ouest et poussent les eaux chaudes de surface vers l'Asie. Ce mouvement entraîne en retour une remontée d'eaux froides, profondes et riches en nutriments au large de l'Amérique du Sud : c'est le phénomène d'« upwelling ». Les masses d'eau chaude déplacées vers l'Asie font baisser la pression atmosphérique et entretiennent un climat tropical humide, tandis que les eaux froides à l'est font monter la pression et favorisent un climat aride. Figure 1 : Carte de l'Océan pacifique dans un état El Niño et dans un état "neutre". source : Carbon brief Épisode El Niño. Tous les deux à sept ans, les alizés s'affaiblissent, voire s'inversent. Les eaux chaudes de surface, qui ne sont plus poussées vers l'ouest, stagnent et se réchauffent au large de l'Amérique du Sud. Comme un couvercle sur un bocal, elles empêchent la remontée des eaux froides profondes, interrompant l'upwelling. Ce retour de l'eau chaude en surface génère des conditions tropicales humides du côté sud-américain, tandis que l'Asie du Sud-Est connaît des conditions anormalement sèches. Selon les critères retenus par les agences climatiques (NOAA, Organisation météorologique mondiale), un épisode El Niño est déclaré lorsque l'anomalie de température de surface dans la région de référence du Pacifique atteint au moins +0,5°C, et se maintient au-dessus de ce seuil pendant au moins cinq périodes glissantes de trois mois consécutifs. Ce changement d’état a de nombreux impacts sur l’ensemble de la planète. Les conséquences d’El Niño Les conséquences de ce changement sont mondiales : Figure 2 : Carte du monde représentant les impacts d’El Niño. source : Carbon brief En Amérique du Sud, El Niño intensifie les précipitations et les risques d'inondation. Sur les côtes péruviennes, l'arrêt de la remontée d'eau froide prive les stocks de poissons, principalement les anchois, des nutriments dont ils dépendent. Leur déclin entraîne l'arrêt de la pêche locale, avec des conséquences directes sur les moyens de subsistance des communautés côtières. La présence d'eaux anormalement chaudes au large de l'Amérique du Sud déplace vers le sud le jet-stream nord-américain, cette bande de vents forts soufflant d'ouest en est. Combiné à la baisse de pression atmosphérique et à l'évaporation accrue, ce déplacement favorise les inondations et les tempêtes dans le sud des États-Unis. Figure 3 : Carte des déplacements du jet stream pendant un événement El Niño (gauche) et pendant un événement dit “la Niña” (droite). Le phénomène dit la “Niña” se caractérise comme un état “neutre” intensifié, où l’intensification des alizées engendrant les effets inverse d’un El Niño source : NOAA. En Asie et dans une grande partie du reste du monde, les conditions deviennent plus arides, en particulier en Australie ainsi que dans certaines régions d'Amérique du Sud et d'Afrique, ce qui augmente les risques d'incendies de forêt. Ces sécheresses, combinées à l'affaiblissement de la mousson indienne (qui fournit en moyenne 70 à 80 % des précipitations annuelles du pays), peuvent peser lourdement sur la sécurité alimentaire régionale. À l'échelle mondiale, la hausse des températures de surface et l'intensification des feux de forêt libèrent davantage de chaleur dans l'atmosphère, contribuant à des températures moyennes annuelles plus élevées. Combiné au changement climatique d'origine humaine, un épisode El Niño intense augmente la probabilité d'une année record en matière de température moyenne mondiale et accentue l'intensité de certains événements météorologiques extrêmes. Plusieurs climatologues, dont Jérôme Vialard (Institut de recherche pour le développement) interrogés par Le Monde, estiment qu'un épisode El Niño très fort peut ajouter de l'ordre de 0,1 à 0,3 °C au réchauffement déjà provoqué par les émissions de gaz à effet de serre. Figure 4 : Évolution des températures globales en lien avec El Niño. En noir, évolution des températures globales et en rouge, évolution de ces températures en ne prenant pas en compte l’impact d’El Nino ou de La Nino source : Carbon brief En France hexagonale, la hausse des températures mondiales associée à El Niño et au changement climatique tend à augmenter la fréquence et l'intensité des événements extrêmes, et favorise des hivers plus doux. En outre-mer, Météo-France anticipe des températures supérieures aux normales sur l'ensemble des territoires, de fortes intempéries en Polynésie, à Mayotte et à La Réunion, ainsi que des risques de sécheresse en Nouvelle-Calédonie et en Guyane. Un épisode estival particulièrement intense Si le phénomène est périodique, son intensité varie fortement d'un épisode à l'autre. Les scientifiques distinguent les événements selon l'ampleur de l'anomalie de température : un épisode est qualifié de « très fort » et parfois familièrement de « super El Niño » lorsque l'anomalie atteint ou dépasse +2,0°C. Figure 5 : Évolution depuis 1950 des anomalies de températures dans la région d’El Niño avec en rouge les événements El Niño. Source : Carbon Brief D'après les modélisations disponibles mi-2026, l'épisode El Niño 2026-2027, amorcé au cours de l'été 2026, est annoncé par plusieurs centres de prévision (NOAA, OMM) comme ayant une probabilité supérieure à 90 % d'atteindre une intensité « très forte », avec une risque non négligeable de dépasser le précédent record d'anomalie enregistré depuis 1950 (de l'ordre de +2,6 à +2,75°C selon l'indice utilisé, lors de l'épisode 2015-2016). Ces chiffres restent des prévisions probabilistes, appelées à être affinées à mesure que l'épisode se développe. Figure 7 : Évolution des anomalies de température observées et modélisées dans la région d’El Niño depuis décembre 2025. Alors que l'intensité de ces épisodes semble s'accentuer depuis 1950, une question se pose : ce phénomène, longtemps considéré comme purement naturel, est-il en réalité influencé par le changement climatique d'origine humaine ? El Niño, un phénomène naturel ? Alors que les scientifiques s’accordent qu’un climat plus chaud causé par le réchauffement climatique décuple les impacts d’El Niño, des débats persistent quant à l’existence d’un lien direct entre le changement climatique et l’intensification supposée de ces épisodes. En effet, jusqu’ici présumé “naturel”, de récentes études - analysant l’évolution du climat pendant l’ère préindustrielle à partir de coraux millénaires qui sont de véritables archives climatiques dont les squelettes enregistrent les variations du climat - semblent réfuter l’hypothèse naturelle de l’intensification de ce phénomène. La question de cette connexion reste cependant un sujet débattu au sein de la communauté scientifique. Océan, ce qui peut encore changer Bien qu’il semble impossible de se prémunir contre un événement d’une telle ampleur, nous avons en réalité de nombreux outils à notre disposition. El Niño s'ajoute à d’autres pressions sur l’Océan, comme la surpêche, la pollution plastique, le réchauffement climatique global ou encore l'acidification. Prévenir ces pressions humaines permet de limiter leurs effets cumulés sur les écosystèmes marins. Concrètement, agir contre la pêche Illégale, Non déclarée et Non réglementée (INN), lutter contre la pollution plastique, conduire des activités de restauration et de protection des écosystèmes et des espèces marines c’est aussi augmenter leur résilience face à des événements météorologiques tel qu’El Niño. Alors que les épisodes El Niño s’intensifient, de nombreux acteurs se mobilisent pour protéger l'Océan et renforcer sa résilience. C'est notamment la mission de la Fondation de la Mer qui construit et opère des programmes rassemblant des acteurs de terrain en France (hexagone et outre-mer) et partout dans le monde. Par exemple, à travers son programme de financement participatif SOS Corail - en partenariat avec l'IFRECOR - ce sont près de 25 projets soutenus depuis sa création en 2021. Ces dons permettent d’agir en faveur des récifs coralliens, des mangroves et des herbiers marins d’outre-mer, fortement menacés par les canicules marines, dont la fréquence et l’intensité sont accrues par El Niño. Vous souhaitez contribuer aux programmes de la Fondation de la Mer pour protéger la biodiversité marine, lutter contre les pollutions et promouvoir une gestion durable des ressources ? Vous pouvez faire un don à la Fondation de la Mer. Vous avez aimé cet article ? Recevez nos articles tous les mois ainsi que les actualités liées à l'Océan dans votre boîte mail, inscrivez-vous à notre newsletter ! Pour aller plus loin : Carbon Brief (2026), Explainer: How the ‘super El Niño’ will reshape the world’s weather. Le Monde (2026), El Niño : tout comprendre au phénomène qui déstabilise le climat et pourrait être cette année « le plus puissant jamais enregistré ». Météo-Paris (2026) : El Niño devient exceptionnel : à quoi faut-il s’attendre en France ? NOAA (2026) : Understanding El Niño & ENSO The guardian : El Niño climate patterns supercharged by burning of fossil fuels, study finds. E. Cole et al., Recent strengthening of eastern Pacific ENSO in the last millennium paleorecord.Science Partager cet article: Partager sur FacebookPartager sur TwitterEnvoyer à un amiCopy to clipboard Poursuivez votre lecture Les zones humides : des refuges pour la biodiversité 30.09.2026 Lire la suite POSIDONIE : RESTAURER LES HERBIERS MARINS POUR PRÉSERVER LA MÉDITERRANÉE 17.09.2026 Lire la suite World Cleanup Day : tous engagés pour un monde sans déchets 14.09.2026 Lire la suite Voir toutes les actualités