Article publié le 26/06/2024

Pour la cinquième année, la Fondation de la Mer et le Ministère de l’Education nationale ont organisé un concours qui allie art et démarche écologique. Dans le but de sensibiliser petits et grands, “Arts en plastiques pour l’Océan” invite les établissements de la maternelle au collège à travailler sur des créations artistiques à base de plastiques collectés.

Cette année, 13 adultes du centre de détention de Salon-de-Provence se sont joints au défi, donnant vie à des créations artistiques engagées pour la protection de la mer. Mickaël Polizzano, enseignant et professeur des écoles dans ce centre de détention, a accepté de répondre à nos questions sur les projets menés.

Une année marquée par la mer

Mickaël Polizzano a voulu aborder un sujet qui lui tenait à cœur avec un groupe de détenus : l’écologie. Sensible à cette thématique, il a découvert le concours Arts en plastique de la Fondation de la Mer et de l'Éducation nationale, et a voulu prendre part à l’aventure pour sensibiliser de manière ludique : « Je cherchais des projets d'arts plastiques, et je suis tombé par hasard sur le concours. C’était inédit dans cette prison. »

Face au manque d’information et d’action dans le domaine écologique en centre de détention, il a voulu axer cette année sur la sensibilisation à la pollution, en particulier dans les milieux marins. En se basant sur des supports numériques, il a dispensé plusieurs cours sur les conséquences de la pollution plastique en mer, et la responsabilité de chacun face à cette menace. « L’axe principal de la séquence, c'était la mer. La pollution des océans ». Mickaël Polizzano a également cherché à faire entrer la mer dans le quotidien des participants, afin qu’ils prennent compte de leur impact. « La mer a un lien avec la prison parce que la plupart des détenus jettent leurs déchets par la fenêtre, beaucoup de déchets plastiques. Il y a des tonnes et des tonnes de plastique chaque jour par les fenêtres. C’était pour montrer qu’il y a des répercussions par les cours d’eau ou autres, même si on n’est pas au bord de la Méditerranée. »

centre de détention de Salon-de-Provence

Le concours se présentait alors comme une finalité pour cette année, mettant en pratique les connaissances acquises. 

UN engagement et une sensibilité pour l'écologie

Dès le début du projet, les participants se sont montrés réceptifs et intéressés par la thématique. « Les détenus ont été très sensibles à ce sujet. C'était une activité originale qui les sortait de leur quotidien, mais aussi parce qu’ils ont appris des choses. »

L’enseignant témoigne de l’engagement et de l’autonomie des 13 détenus, qui ont tenu à produire des œuvres qui leurs sont propres. « Les idées des constructions plastiques viennent d’eux, en s’inspirant de ce qu’on a pu apprendre. J’ai rappelé certaines notions qu’on avait vu en classe, comme les gyres par exemple. L’un d’eux a représenté une vague qui dépose des déchets plastiques sur la plage. ». Les détenus ont développé leur projet à l’aide d’une intervenante, professeure en arts plastiques.

centre de détention de Salon-de-Provence

Plus qu’une simple œuvre, Mickaël Polizzano explique que l’atelier a permis à certains participants de prendre confiance en eux et gagner en autonomie. « Ça a été individuel pour certains, mais on a aussi observé des « turnovers ». Certains détenus sont partis, et d’autres ont continué leur œuvre avec une nouvelle idée. Et il y a des groupes où ils étaient 2-3, c’était plutôt pour ceux qui n'avaient pas trop confiance en eux et qui tenaient à être à plusieurs. Ça a pu être une aide pour eux. »

UN message qui laisse des traces

Pour Mickaël Polizzano, cet atelier était l’occasion d’ancrer les thématiques étudiées au cours de l’année dans les pratiques des détenus. Il espère également que l’engagement de certains poussera d’autres à s’intéresser au sujet. C’est pourquoi il compte exposer les réalisations de cette année pour informer le plus grand nombre et inscrire la démarche sur le long terme. « On va faire un affichage de nos pancartes dans le quartier socio-éducatif, peut-être que ça touchera un peu plus de personnes. Pourquoi pas en sensibiliser un peu plus, même si ce n’est pas une chose évidente. »

Ce qui est certain, c’est que l’idée du concours a été appréciée : « Pourquoi pas participer l’année prochaine, la finalité avec l'art plastique leur a vraiment plu ! »