Les molécules marines :
une biodiversité riche et prolifique détenant les clés de la santé de demain

 

La pandémie que nous vivons a mis le projecteur sur les enjeux vitaux de la biologie. Les caractéristiques uniques du milieu marin ont en effet entraîné une variété d’adaptations biologiques, conduisant à la production d’un large spectre de molécules bioactives variées et originales. Dans le contexte du coronavirus, le petit ver arénicole dont l’hémoglobine est quarante fois plus riche en oxygène que le sang humain intéresse particulièrement les scientifiques. Les molécules produites en réponse aux conditions difficiles et concurrentielles qui règnent dans le milieu marin, qu’elles proviennent du monde animal ou végétal, sont une source prometteuse de médicaments, aujourd’hui encore inexploitée.

Les océans abritent une grande biodiversité, avec plus de 250 000 espèces décrites et sans doute plus d’un million restent à découvrir[1]. Au cours des dernières décennies, l’exploration des océans a permis la découverte d’une multitude d’habitats caractérisés par des conditions extrêmes. Ces environnements abritent une variété d’organismes adaptés à ces conditions et produisant une large gamme de biomolécules actives[2]. Plus de 25 000 nouveaux composés biologiquement actifs ont été identifiés au cours des cinquante dernières années, avec une augmentation constante de 5% par an[3].

Parmi les vertus biologiques aujourd’hui reconnues des molécules marines, nous pouvons compter les activités anti-inflammatoires, antidiabétiques, radio-protectrices, antimicrobiennes et anti-hypertenseurs, anticoagulants, antioxydants et anti-cancéreux. Ainsi, par exemple un nouvel antidouleur, le Ziconotide, a été approuvée en 2004 par la FDA. Il est obtenu à partir du venin d’un mollusque marin qui paralyse sa proie grâce à des fléchettes venimeuses. Son utilité comme analgésique dans le traitement de la douleur chronique réfractaire chez les patients cancéreux ou atteints d’autres pathologies lourdes a été prouvée après de nombreux essais en laboratoire et trois essais cliniques [4],[5].

Certaines algues ont des qualités organoleptiques qui permettent d’augmenter l’immunité des personnes, la résistance à des maladies infectieuses et de réduire l’utilisation des antibiotiques.

Les algues vertes sont également une source prolifique de molécules bioactives, une des plus connues est l’Ulva, communément appelée “laitue de mer”, qui pousse dans nos régions côtières. Plus généralement, certaines algues ont des qualités organoleptiques qui permettent d’augmenter l’immunité des personnes, la résistance à des maladies infectieuses et de réduire l’utilisation des antibiotiques.

Les espoirs portent aussi sur les capacités clonales d’espèces marines, qui permettraient d’induire ou bloquer la multiplication cellulaire, ou sur les espèces qui vivent dans le noir absolu à plus de 1 000m de profondeur et peuvent vivre plus de cent ans, comme le poisson empereur, ou encore sur les sources hydrothermales d’où proviennent près de 90% des séquences disponibles brevetées dans le marin.

Beaucoup plus de médicaments seront dérivés d’organismes marins dans un avenir proche.

Au cours des 25 dernières années, on a constaté une augmentation du nombre de produits naturels bioactifs caractérisés à partir d’organismes marins, ce qui laisse espérer que beaucoup plus de médicaments en seront dérivés dans un avenir proche. Cependant le changement climatique réchauffe les océans et modifie leur chimie de manière si radicale qu’il menace le cycle de vie et le comportement des espèces marines. Ainsi ces changements, outre leur impact sur la survie de nombreuses espèces, peut affecter directement le métabolisme des organismes marins, mettant en péril cet équilibre fragile et faire disparaitre une source presque illimitée de molécules qui restent à découvrir et dont les propriétés biologiques pourraient sauver de nombreuses personnes atteintes de pathologies graves. Dans ce domaine, comme dans beaucoup d’autres, la connaissance des espèces et la recherche scientifique doivent être amplifiées, pour le bien de l’humanité.

Sabine Roux de Bézieux
Présidente de la
Fondation de la Mer

Maryvonne Hiance
Vice-présidente de
France Biotech

Présidente de
Healthtech for care

Pierre Rocheteau
Directeur général de Olgram

Vidéo :
“L’océan peut nous apporter bien plus que ce que nous imaginons”
Pascale Joannot, Docteur en océanographie